La nécessité d'une transition durable des entreprises du secteur de l'énergie

Par David Lambert

Fondateur & Directeur DENOW
Septembre 2020

La nouvelle donne du 21e siècle

La transition durable traduit, pour une entreprise du secteur de l’énergie, son changement de paradigme puisqu’elle prend en compte les caractéristiques du 21e siècle que sont l’aspiration des femmes et des hommes à davantage de liberté, l’avènement de la donnée comme matière première de premier plan et la décarbonation de nos économies.


Une communication physique et numérique cloisonnée

Son état initial se caractérise par un cloisonnement de son organisation humaine en différents silos fonctionnels qui empêche une communication entre l’ensemble de ses services et favorise un repli sur soi des équipes opérationnelles. De ce fait, des modes de fonctionnement hétérogènes apparaissent ; les équipes opérationnelles étant obligées de s’adapter à des contraintes locales qui leur sont propres.

Son système d’information est à l’image du cloisonnement de son organisation. Les incohérences qui le caractérisent sont le résultat d’une communication transversale défaillante. Les nombreuses applications qui le composent peuvent être redondantes et nécessiter, pour les utilisateurs, des tâches qui ne présentent, vu du client, aucune valeur comme la saisie inutile ou bien la recherche laborieuse d’information.


Un système d’information éclaté en un archipel d’applications

Cette multitude d’applications se transmet des jeux de données, les unes les autres, parfois manuellement, parfois automatiquement. Le système d’information prend alors l’aspect d’un “plat de spaghetti” totalement indigeste à décrypter. Le recours à des technologies prometteuses telles que le big data ou bien l’intelligence artificielle s’avère, dans un tel contexte, utopique.

Pour les femmes et les hommes, travailler dans un environnement où la communication est rompue se révèle peu épanouissant. L’accès à l’information qu’il soit actionné par la ligne managériale ou bien qu’il émane du système d’information de l’entreprise constitue la condition première pour favoriser l’autonomie des équipes. En cloisonnant la communication aux frontières des services, ces entreprises privent leurs équipes opérationnelles d’une réelle capacité d’agir pour mener à bien leur mission et vont à contre-courant de leurs aspirations profondes à plus de liberté et d’indépendance dans leur travail.


Des infrastructures inadaptées aux enjeux de la transition énergétique

Les activités historiques des entreprises du secteur de l’énergie sont, au 21e siècle, remises en cause. Les énergies fossiles sont peu à peu abandonnées au profit des énergies renouvelables plus à même de favoriser la décarbonation de nos économies. Mais l’intégration de ces nouvelles sources d’énergie bouleverse la structure des réseaux d’acheminement de l’énergie et l’équilibre entre l’énergie produite et consommée. En effet, les réseaux ne sont historiquement alimentés que par quelques points d’entrée situés aux frontières du territoire national. Aujourd’hui, les réseaux sont en passe d’être alimentés par une multitude de producteurs d’énergie auxquels l’entreprise garantit que leur production sera absorbée par la consommation avoisinante. Sauf que les usages des consommateurs sont moins énergivores et et la météo plus imprévisible ; ce qui rend l’équilibre offre/demande d’énergie difficile à maintenir.

Pour une entreprise du secteur de l’énergie, il s’agit donc d’opérer trois transitions de façon simultanée : une transition organisationnelle, une transition digitale et une transition énergétique.


La transition digitale : communication transverse et numérisation du pilotage des infrastructures techniques

La première transition que l’entreprise du secteur de l’énergie doit opérer est la transition digitale. Par l’acquisition d’une connaissance fine de ses processus opérationnels, elle est en mesure de savoir “Qui fait quoi et dans quel outil ?”. Il lui est alors possible de les simplifier, de rationaliser les applications utilisées et ainsi mettre à la disposition de ses équipes un cadre de travail plus cohérent avec leurs contraintes opérationnelles. En maîtrisant ses processus opérationnels, l’entreprise du secteur de l’énergie maîtrise ses flux d’informations et, par conséquent, le cycle de vie de son patrimoine de données.


La transition énergétique : pilotage numérique des réseaux pour maîtriser l’équilibre offre/demande d’énergie

La transition digitale est un prérequis pour la deuxième transition, énergétique celle-ci, dans la mesure où sa réussite repose sur une organisation centralisée du patrimoine de données de l’entreprise afin de le rendre exploitable par des technologies telles que l’intelligence artificielle, les smart grids, ... Ces technologies peuvent alors opérer des calculs fiables afin de réaliser des scénarios de simulation du comportement des réseaux aussi bien en phase de conception de nouveaux réseaux qu’en phase d’exploitation, tel un clone numérique des infrastructures physiques.

En complément de l’utilisation d’un accès centralisé aux données de l’entreprise par ces nouvelles technologies, la mise à disposition d’un système générateur d’applications aux équipes opérationnelles leur permet de s’adapter à des contextes locaux rendus encore plus hétérogènes par la transition énergétique. Les fonctionnalités créées peuvent être jetables, mais les données utilisées, quant à elles, sont pérennisées car provenant et alimentant l'entrepôt de données de référence de l’entreprise. Aucune tâche de manipulation ou traitement de données ne provoque de gaspillages de temps, bien au contraire, c’est l’innovation, la mise en œuvre de nouveaux usages, l’adaptation au travail réel qui sont favorisées.


La transition organisationnelle : adaptation aux attentes client et libération de l’innovation

La troisième transition est la transition organisationnelle. La transition digitale est également un prérequis puisque l’accès inconditionnel aux informations, aux données de l’entreprise qui sont utiles aux équipes opérationnelles dans la réalisation de leur mission leur est garanti. Leur autonomie opérationnelle est favorisée. Elles ont l’indépendance, la liberté et la capacité d’adapter leur mode de fonctionnement aux réalités quotidiennes qu’elles rencontrent tout en restant connecté au système d’information et aux processus de l’entreprise ; ceci garantissant une totale agilité opérationnelle de l’entreprise.

La transition organisationnelle nécessite d’intégrer au système de management un processus d’amélioration continue afin, d’une part, de communiquer la stratégie de l’entreprise de façon transverse et, d’autre part, d'insuffler aux équipes opérationnelles des mécanismes d’auto-amélioration et de remontées d’expériences vers leur direction.

La transition durable est donc une triple transition réalisée simultanément dans l’entreprise : transition digitale, énergétique et organisationnelle. Elle s’appuie sur un principe de base qui est de simplifier la communication et l’accès aux données pour faciliter l’autonomie opérationnelle et l’innovation technologique dont le secteur de l’énergie a tant besoin. Ce principe est la base de l’émergence d’une plus grande sagesse collective puisque accéder aux données permet de produire des informations et, par conséquent, de prendre des décisions éclairées.